Pourquoi revenir sur le parcours des bleus lors de la coupe du monde 2006 ? Il parait que la coupe du monde 1982 était énorme. Je n’étais pas né pour en parler. Revoir des vidéos, même des matchs entiers, n’a rien à voir avec le fait de vivre ce type d’événement en live, avec ses enjeux, le stress, l’explosion de joie et les drames. Mais j’étais né en 98 lors de la victoire des bleus. Et on ne va pas se mentir, le parcours des bleus était un peu pourri, malgré la victoire. Les matchs étaient laids, les buts aussi. L’Euro 2000 était beaucoup plus passionnant (on aura l’occasion d’y revenir).

Encore plus que ces 2 victoires prestigieuses en 98 et 2000, c’est la coupe du monde 2006, et le parcours des bleus dans ce tournoi, que je trouve les plus épiques.

 

Le retour du roi

Présente dans le groupe 4 composé de la Suisse, l’Israël, l’Irlande, Chypre et les îles Féroé, adversaires jugés « à leur portée », la France est tête de série de ce groupe 1.

Avant de devenir le prince de la lose, Raymond Domenech a connu un bref instant de gloire avec l’équipe de France. Nommé après l’Euro 2004, les Bleus galèrent dans les qualifications et par quatre matchs nuls (dont trois 0-0) en six matchs. Présente dans un groupe de qualifs composé de la Suisse, l’Israël, l’Irlande, Chypre et les îles Féroé, adversaires claqués, la France est logiquement tête de série. Avec seulement 6 points au compteur, la France pointe pourtant à la quatrième place du classement à mi-parcours.

but de Zizou

Vu que c’était la hess, Zidane, Makelele et Thuram sortent de leur retraite et annoncent leur retour en sélection. L’Équipe sort un numéro forcément spécial, avec un titre simple : « Il revient ». 2 semaines plus tard, la magie est de retour avec une victoire 3-0 contre la Côte-d’Ivoire en amical, avec un but de Zizou. Et la série continue. La France bat les Iles Féroé (3-0), l’Irlande (1-0), et confirme un mois après, avec un nul en Suisse (1-1) et un tarif à Chypre (4-0). Les Bleus terminent premiers de leur groupe, et se qualifient directement pour le Mondial.

Dès la victoire contre l’Irlande, Domenech commence à ne plus se sentir : « C’est seulement une étape. La finale, c’est le 9 juillet 2006 ».
Les trois victoires dans les matchs de préparation (Mexique, Danemark et Chine) permettent à l’Équipe de France d’aborder la compétition avec une certaine confiance, sans Cissé le poissard, victime d’une double fracture à la jambe droite contre la Chine.

 

Débuts difficiles

Dans une poule encore une fois facile, avec la Suisse, la Corée du Sud et le Togo, il ne devait y avoir aucun souci à se qualifier, mais l’aventure de la Coupe du monde 2006 commence pourtant dans la douleur et la morosité.

La France commence par un vieux 0-0 contre la Suisse. Les suisses ont tapés le poteau et les bleues auraient dû bénéficier d’un penalty sur une main dans la surface (mais Ribéry était en face à face avec le gardien juste avant et aurait dû marquer). Globalement, un match pauvre et chiant, en plein cagnard. Cette contre-performance condamne la France à un quasi-sans-faute contre les deux autres adversaires du groupe, la Corée du Sud et le Togo.

Contre la Corée du Sud (qui a battu le Togo 2-1), la France pense tenir le match après le premier but de Titi Henry à la 9ème minute, mais à dix minutes de la fin, les Coréens égalisent (1-1). Après ce deuxième nul, la France est dos au mur. La Suisse ayant gagnée contre le Togo et la Corée, elle est déjà qualifiée. Pire, à la suite d’un second carton, Zidane est suspendu pour la rencontre contre le Togo.

Les bleus n’ont plus le choix. En 4-4-2 avec Henry et Trezeguet devant, ils dominent, mais les togolais résistent. 0-0 à la mi-temps dans une ambiance tendue et frustrante. Quelques occasions mais manque d’efficacité devant le but (un problème depuis le début du tournoi). C’est Patrick Vieira (qui était beaucoup critiqué) qui délivre les bleus, avec un premier but très classe, sur une passe de Ribéry, et en offrant un ballon à Henry pour le 2-0. Ouf, sauvés. C’était galère, mais on passe, à l’arrache, et en finissant 2ème de la poule derrière les suisses, ce qui nous réserve un gros adversaire pour les huitièmes !

65 millions de sélectionneurs,
tu connais

A l’époque, de nombreux français réclamaient de voir Zidane sur le banc, trouvant que l’équipe jouait mieux sans lui (pourtant Zizou avait donné quelques caviars dans les 2 premiers matchs, qui n’avaient pas été concrétisés). Le genre de trucs qui me rend fou. La France n’est pas un pays de foot (comme l’Angleterre, l’Espagne ou le Brésil). Il ne faut pas se voiler la face, nous sommes un pays de footix. Les médias étrangers hallucinaient de voir que le peuple pense qu’il puisse être une bonne idée de se passer de Zizou. Impossible d’entendre des brésiliens dire qu’ils joueraient mieux sans Neymar, des argentins réclamer la tête de Messi ou des portugais snober CR7. C’est vraiment un truc de chez nous ça.

L’Espagne est notre adversaire pour ces huitièmes, un match qui s’annonce très, très difficile… Mais c’est là que cette coupe du monde, et le parcours des bleus, devient légendaire…

 

Un parcours épique

La presse espagnole est en roue libre. Son équipe est bouillante et les médias et le peuple espagnol n’en peuvent plus. L’équipe d’Espagne est à l’époque une équipe d’éternels loser (comme les anglais), et comme à chaque compétition, ils se disent « Cette fois, c’est fini la lose, on a une équipe de ouf ». Et comme à chaque fois, ils écrasent tout en qualif, et arrivent flégon au moment d’affronter ces bleus pétris de doute et ces français qui veulent mettre Zizou sur le banc (je m’en remets pas). Il faut dire que leur équipe a grave de la gueule.

Rendez-vous le 9 juillet

« Nous allons mettre Zidane à la retraite ». La « Une » espagnole est devenue culte. Ils sont confiants et veulent que ce match soit le dernier de Zizou. L’hymne français est sifflé par les supporters espagnols. Ils veulent prendre leur revanche contre un adversaire qui l’a souvent battu, et contre leur spirale négative. Cette fois c’est sûr, cette équipe va gagner (et le futur leur donnera plus que raison, avec une ère de gloire entre 2008 et 2012 ou ils écraseront tout sur leur passage). Mais en ce 21 juin 2006, ils ne le savent pas encore. Ils ne savent pas que non, ce ne sera pas encore pour cette fois.

Et nous non plus, on ne sait pas encore à ce moment-là, le sommet d’émotion et de plaisir qui s’annonce. Les espagnols dominent le début du match, mais les bleus ont aussi quelques occasions. Jusqu’à un penalty pour une faute de Thuram, que David Villa et sa coiffure de danseur Tecktonik mettra au fond à gauche. Menés 1-0, l’équipe de France ne lâche pas et au contraire commence à prendre l’ascendant au milieu de terrain, jusqu’à ce moment magique, juste avant la mi-temps. Passe de Vieira dans l’axe pour Ribéry qui fonce depuis la droite, plus rapide que tout le monde, continue balle au pied, dribble Casillas sur la gauche, poussé par les commentaires du regretté Thierry Gilardi et ses « Vas-y mon petit !! » et marque dans le but vide, malgré le retour des défenseurs.

A l’époque, Ribéry est un peu le petit chouchou des français, dernier arrivé chez les bleus, tout le monde le trouve sympathique et veut le voir réussir. Jusqu’à présent, on sent qu’il a été intimidé par l’enjeu, par son statut aussi (comme par exemple sur une occasion en poule ou il préfère la remettre en retrait pour Henry au lieu de tenter sa chance en face-à-face avec le gardien).

Mais cette fois, il la met au fond, et fait l’avion en faisant le tour du terrain en sprint et se jette sur les remplaçants pour célébrer ce but si important, à un moment idéal, juste avant la pause. Il est génial le môme !

La seconde mi-temps est à l’avantage des français qui contrôlent le match. Puyol concède un coup franc à la 82ème minute après une faute inutile sur Henry. Zidane se charge de le tirer, il centre au second poteau, Vieira reprend de la tête : but.

Après avoir été à la passe, Vieira marque, et la France prend l’avantage à quelques minutes de la fin du match. Les espagnols sont sonnés.

 

Temps additionnel. C’est là que ce match prend une tournure exceptionnelle. Ballon perdu au milieu de terrain, et ça part en contre français. Govou combine avec Wiltord, qui trouve Zidane dans la profondeur. « Et s’il allait marquer » nous dit Jean-Michel Larqué. Le capitaine français s’exécute, élimine Puyol d’un crochet fatal, frappe au premier poteau et marque ! Magnifique !!! J’en ai des frissons comme si c’était hier. Tu peux difficilement faire mieux comme manière de fermer le clapet de ces médias espagnols qui voyaient déjà le maestro à la retraite. « Nos a jubilado a todos el francès » dira le commentateur espagnol. Il nous a tous mit à la retraite. Bam.

Le match se conclut par un score de 3-1 en faveur des Bleus. La montée en puissance des français rassure le pays entier (tu sais, ces mêmes personnes qui se disaient que la France jouait mieux sans Zidane), certains commencent même à rêver : et si, 8 ans après 1998, les Bleus remontaient sur le toit du monde ? En attendant, la France est en quart de finale. Et encore une fois, un monstre se présente face à Zizou et ses coéquipiers, le Brésil.

 

A suivre dans la deuxième partie de ce dossier…

Et si vous n’avez pas la patience, voici une vidéo en qualité dégueulasse retraçant le parcours de bleus en 2006.

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