Deuxième partie d’un dossier sur le foot loisir amateur à Bangkok (CLIQUE ICI pour aller lire la première partie), en Thaïlande. Le but de cette initiative est double : vous faire découvrir une autre culture, grâce à mon expérience d’expatriation, et un autre football, une autre vision et approche, et d’autres relations entre les footballers du dimanche.

Dans la première partie du dossier, j’ai longuement parlé de mon acclimatation et de mes débuts avec une équipe un peu particulière. Pendant que je sentais que je n’allais pas m’éterniser dans ce club, j’ai rencontré Sammy, un anglais expatrié à Bangkok depuis des années, marié à un Thaï et très impliqué dans le foot.

Sammy avait fondé la Real Madrid academy à Bangkok, une école de foot (pour enfants friqués). Tous les grands clubs font ça : Sammy avait acquis la licence qui lui donnait le droit d’utiliser le nom et l’image du Real pour créer son école de foot et commercialiser des stages pour des gamins, avec la venue de temps en temps de coaches ou consultants venant de Madrid. Une belle disquette. Les clubs se font de l’argent facile, et les mecs qui achètent les licences peuvent rentabiliser en faisant rêver les gamins, avec pas grand-chose derrière.

Sammy est vraiment un mec très sympa, avec qui je m’entendais super bien, vraiment généreux et agréable, et il essayait vraiment d’offrir une formation de qualité dans l’académie. Mais c’est aussi un fin businessman qui savait que les Thaï sont fans de foot et des grands clubs européens. Il avait carrément acheté un terrain de foot à 11 en herbe naturelle, avec toute l’infrastructure (douches, vestiaires etc) ! C’est quelque chose qui m’a fait complètement halluciner (je n’ai jamais su le prix à payer pour devenir propriétaire d’un terrain de foot).

A côté de ça, Sammy manageait sa petite équipe de foot loisir, composée de coaches de l’académie et d’amis. Ils étaient un peu en galère de joueurs, et il m’a proposé de me joindre à eux.

 

On nut

Le stade était quand même un peu excentré et éloigné de mon quartier, mais coup de chance, Steve, un anglais membre de l’équipe, y allait en voiture, et habitait le même quartier que moi, On nut.


Steve est un trentenaire, prof d’anglais à Bangkok (beaucoup d’expatriés sont profs d’anglais, un boulot un peu flingué et mal payé). Il fait partie des gens qui ont surkiffés le pays et décidé de s’y installer. Marié avec une Thaï lui aussi, tout jeune papa, il bosse beaucoup et le foot est un des seuls loisirs qu’il s’est gardé. Ça m’a fait bizarre de voir un « blanc » conduire à Bangkok. Mais j’étais bien content qu’il soit du coin !

On nut est un quartier en pleine évolution. Quartier plutôt populaire à la base, très loin des zones touristiques, mais il a l’avantage d’être un quartier très vivant et à 2 stations de BTS (le métro aérien ultra-moderne) du quartier Ekkamai-Thong Lo, qui est le coin le plus hype de la ville. Peu de touristes connaissent le coin, mais c’est la que sort la jeunesse dorée de la ville. L’activité du coin explose tellement que ça booste aussi les environs (comme Phra Khanong et On nut).

Concrètement, la gentrification du secteur fait qu’on voit de nouveaux condos (les résidences de luxe pour riches et expats) tous les jours, de nouveaux restaurants, bars, barber-shop ou boutiques ultra-design (on se croirait à New york dans certains coins). Je suis encore étonné par le nombre de lieux nouveaux et modernes (et très stylés en fait, des endroits crées avec beaucoup de gout).

Moi j’ai choisi d’habiter là-bas parce que j’ai flashé sur un condo, The Base 77. L’appart était cool, au 19ème étage, avec le coucher du soleil devant mon balcon et une vue imprenable sur la rivière. Il y avait une piscine de malade et une salle de sport grande et moderne. En plus, bien que la tour soit très grande, beaucoup d’appartements étaient vides, et j’étais tranquille à la piscine. Un vrai luxe.

Le truc le plus ouf : un city-stade en synthétique dernière génération, dans la résidence ! Tout étant gratuit et en libre accès pour les résidents et leurs invités. Je me suis souvent entrainé tout seul le soir au city. J’enchainais sur une séance à la salle et un pouf dans la piscine, au coucher du soleil. Surréaliste.

 

Dream team

L’équipe s’appelait « Super Titans » et était composée d’environ 60% de joueurs Thaïlandais et 40 d’expatriés (anglais surtout), ce qui me faisait plaisir parce qu’il est vraiment difficile de se faire des amis Thaï quand on arrive dans le pays. Il y a vraiment 2 mondes, celui des locaux et celui des expats, qui ne se côtoient pas trop.


En terme de niveau, c’était plutôt homogène, plutôt un bon niveau, avec quelques anciens pros Thaï comme Thoey qui jouait en 1ère div, et quelques pros actuels qui se joignaient à nouveau de temps en temps, j’y reviendrais.

Les Thaï ont souvent des prénoms compliqués à prononcer pour les étrangers, et ils ont quasiment tous un prénom anglais, qui est en fait juste un mot. Dans l’équipe, il y avait donc un mec qui s’appelait Ice, un qui s’appelait Sky… Facile à retenir. Dommage, il manquait Earth, Wind et Fire.

Ice était un mec vraiment cool, super gentil, plutôt bon joueur, un peu technique, et un état d’esprit génial. J’adore ce mec. Très bon ailier. Sky était un peu notre Matuidi à nous, notre charo. Pas très bon techniquement, mais il courait partout et grattait des ballons. Ils formaient un bon duo au milieu avec Sammy. Précieux. Devant, il y avait moi et Thoey. Steve était notre défenseur central, avec un autre français. Tous les deux grands et costauds. Voilà pour le noyau dur de l’équipe. On avait souvent différentes têtes qui complétaient notre 4-4-2.

Autant vous le dire tout de suite, jouer avec cette équipe était vraiment génial. Ma meilleure expérience en Thaïlande, de loin. J’ai rarement rencontré une équipe aussi solidaire, encourageante et volontaire.

J’ai été marqué par un truc, une anecdote dans mon premier match avec eux. Je rate un contrôle et m’en veux. La balle finit en touche. Ice fait 25m en course pour venir me taper dans le dos et me dire que ce n’était pas grave, qu’il savait que les prochains seraient bons, avec un grand sourire. Je ne sais pas comment vous dire, j’ai été touché par cette petite attention. C’est le genre d’état d’esprit qui te donne envie de te dépasser, pas pour toi, pour les autres, pour l’équipe. Quand un autre ratait un ballon, j’avais naturellement envie de m’arracher pour aller l’aider à le récupérer. Ça crée une énergie positive au sein de l’équipe, et au final, tout le monde se donne à fond, le collectif tourne bien, les gens font des passes. Juste génial.

Étant en pleine confiance avec eux, j’étais au top de mes capacités et je jouais vraiment bien. Autre anecdote, à chaque but que je marquais, tous mes coéquipiers Titans courraient dans mes bras, hyper joyeux, et me sautaient dessus pour célébrer le but. C’est quelque chose que je n’avais pas trouvé dans un autre club à Bangkok. En fait, c’était même la première fois que je trouvais ça dans une équipe, tout court.
J’avais fais une grosse saison l’année d’avant, dans mon ancien club à Paris. Mais j’avais été bon pour une autre raison. Je détestais tellement cette équipe et mes coéquipiers, que mon seul plaisir c’était de venir, planter des buts de ouf, et leur foutre le seum. On pouvait perdre 7-3, peu importe, parce que j’avais mis mon triplé. C’est évidemment une énergie très négative, mais c’était une forme de motivation…


Bangkok c’est la Champion’s league

A tous nos matchs, il y avait systématiquement 3 arbitres (central + juges de touches), et une équipe de prod avec plusieurs photographes et cameramen. Je n’ai jamais su pourquoi et je n’ai jamais eu les vidéos. Ça me faisait beaucoup rire, le contraste. Par certains aspects, c’était le grand luxe, avec une sacrée organisation et tout. De l’autre côté, on jouait avec des maillots falshe du Real, achetés 3€ au marché… Alors qu’on était l’équipe Senior de la Real Madrid academy !

A chaque début de rencontre, ils nous alignaient, façon ligue des champions, avec la camera qui passe devant nos têtes, puis devant les arbitres et l’équipe adverse. Même en match amical.

On jouait souvent contre des équipes Thaï, ce qui me changeait de la Casual league (quasiment que des étrangers). Eux, ils arrivaient en équipe, c’est le cas de le dire. Il n’était pas rare de voir un effectif avec 30 joueurs adverses, et plein de staff (coaches, assistantes, et d’autres gens qui sont là, tu sais pas pourquoi).

Une vraie ambiance de ligue des champions. A part qu’il n’y avait pas de gradins, ni de public, et que le stade était entouré de jungle. On se faisait bouffer par les moustiques sur le banc de touche. Une raison de plus pour courir sans arrêt sur le terrain.

 

 

Joueur pro au club Med

Le pays est connu pour être assez relax. Souvent considéré comme un parc d’attraction pour adultes. Je me souviens d’un pote qui m’a dit « C’est pas un pays, c’est un délire ! ». On peut le voir un peu comme ça, surtout quand on vient en touriste.

Le problème, c’est que les joueurs étrangers qui jouaient en pro venaient un peu en touriste. Je me souviens d’un anglais qui jouaient avec nous de temps en temps le mercredi (et qui avait match en div1 le samedi). J’étais étonné qu’il puisse faire ça déjà (et s’il se blesse ? Apparemment, on s’en fout). Il était bon, mais non plus exceptionnel. Je me disais que le niveau pro ne devait pas être si élevé. J’ai souvent encouragé des potes à moi, des jeunes très forts mais qui galèrent en France, à aller tenter leur chance en Thaïlande. Personne n’a osé. C’est ça le problème des mecs de quartiers ici. Ils sont restés trop longtemps dans la hess, ne savent plus en sortir #punchline.

Le plus fou, c’est quand je l’ai croisé un vendredi soir dans un bar de rue (des mecs qui transformaient un vieux van Volkswagen en bar-truck), bourré à 2h du mat alors qu’il avait match (les matchs passent à la TV quand même hein !), en train de parler à des prostituées. Et il gagnait plus de 10 000€ par mois. Vraiment au calme.

Les Thaï sont de gros fans de foot. Ils adorent particulièrement la Premier league. Mais avec la distance, leur culture foot est un peu différente… on peut souvent voir un mec avec un maillot d’Arsenal et un short de Chelsea. Un peu étrange.
C’est parce que justement, leur championnat et les championnats asiatiques en général, manque d’intérêt. La culture foot, la culture tactique, le niveau d’exigence du football pro ne sont vraiment pas des choses faciles à acquérir. Et c’est sûr que si les pros étrangers qui viennent jouer dans ces pays se croient en vacances (comme ce doit être le cas en ce moment en Chine par exemple), ça ne va pas aider le niveau à monter.

Je voyais du potentiel dans les équipes de jeunes Thaï contre qui on jouait parfois. Des joueurs rapides, vifs, plutôt techniques. Mais tactiquement, c’était zéro. Trop à l’arrache. Ils ne savaient pas gérer le tempo d’un match, et souvent commençaient fort mais finissaient cramés (malgré la profondeur de banc), et nous on déroulait.

J’ai aussi rencontré des gaulois à Bangkok. A lire dans la 3ème et dernière partie de ce dossier sur le foot amateur à Bangkok !

 

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