J’adore les voyages. C’est ce que je préfère au monde. J’ai la chance de beaucoup voyager et vraiment, ce sont des expériences qui n’ont pas d’équivalent.

L’expérience de l’expatriation m’intéressait aussi beaucoup. Il y a une énorme différence entre visiter un pays en touriste et s’y installer, découvrir la vraie culture, les vrais gens, les quartiers non-touristiques d’une ville. Y bosser, y faire ses courses, aménager son appart… S’installer quelque part, c’est forcément sortir de sa zone de confort et se confronter à l’inconnu. Chaque jour est une petite aventure, et la moindre des choses du quotidien peut devenir un challenge. On repart de zéro.

C’est pareil pour le foot. Partir, que ce soit au niveau amateur ou pro, c’est se mettre en danger, se remettre en question. Tu peux être titulaire dans ton club, tu peux avoir tes habitudes : tu connais les terrains, tu connais le championnat, tes adversaires, tu as peut-être une petite réputation… Toutes ces choses qui te donnent un edge, un avantage, et qui te donnent confiance sur le terrain. Partir, c’est accepter de devoir à nouveau faire ses preuves (encore plus en amateur, où personne ne te connais).

En 2013, je suis parti. Parti loin même. A Bangkok, en Thaïlande. J’ai eu une opportunité de boulot là-bas, et ça faisait des années que je voulais tenter l’aventure. En plus, Bangkok est ma ville préférée au monde. J’ai foncé.

découvrir un autre football et une autre culture

Très rapidement, j’ai voulu jouer au foot. J’avais prévu le coup et j’avais déjà commencé à chercher un club depuis Paris, via des groupes Facebook d’expats. J’avais plusieurs contacts et j’ai pu rapidement essayer plusieurs clubs, dès mon arrivée.

J’ai eu envie de vous raconter ces expériences, dans un dossier en 3 parties (parce que j’ai joué dans 3 clubs différents là-bas), pour dresser un panorama du football amateur (limité à mon expérience cela dit). J’adore ce genre d’articles qui te font découvrir un autre football et une autre culture, et j’ai pensé que ce serait intéressant de le faire ici.

 

La passion des débuts

Au début, tout est trop beau. C’est frais, passionnant, excitant… Il faut un peu de temps pour apprécier les choser à leur juste valeur, avec ce qu’il y a de positif, et de négatif.

Le premier club avec qui j’ai joué, United Nations FC aka UNFC, était un club de foot loisir, crée par un métis allemand-asiatique appelé Mark. Le club participait à la Bangkok Casual league, un tout nouveau championnat de foot loisir, plutôt destiné aux expats, et dont les tarifs m’ont fait halluciner (beaucoup plus cher qu’en France).

Mark était un « model ». Les étrangers qui font du modeling sont une caste très connue à Bangkok. Ils sont souvent métis (ils aiment bien les profils qui ont la carrure d’un ricain, mais avoir un petit air asiatique quand même). Ils ne sont pas mannequins, ils ne défilent pas. C’est plutôt des personnes qui vont apparaitre en photo dans des pubs ou des packagings de produits. Ils se connaissent tous entre eux, forment une micro-communauté et leur statut est un peu particulier. Ils ont une carte (comme une carte de presse, mais pour les modèles), qui leur donne des avantages (entrée gratuite en soirée, boissons…). Ouais je sais, c’est grave chelou.

L’équipe avait un effectif très large, composé à 50% d’amis modèles de Mark, et à 50% d’africains vivants en Thaïlande. C’est grave cliché, mais comme les modèles étaient plutôt claqués en foot, le mec avait recruté des africains, bons joueurs, qu’il connaissait. Comme la ligue était très chère, Mark avait trouvé des sponsors pour le club (tous les clubs de la ligue avaient des sponsors en fait, souvent des restaurants de la ville, etc), pour subventionner l’inscription des africains fauchés. En l’occurrence la, c’était une salle de sport qui sponsorisait le club.

un sponsor qui va verser plusieurs milliers d’euros à un club de foot du dimanche

A lire ça, on croirait que Bangkok est une toute petite ville, et il n’en est rien. La ville est immense, mais les gens vivent dans des « cercles ». Dans la communauté des jeunes expatriés, tout le monde se connait, tout le monde sort dans les mêmes quartiers, mêmes restos etc.
Comme je le disais, la ville est grande, et les nouveaux business poussent comme des champignons. La concurrence est rude pour un bar, un club ou un autre lieu de loisir. Ils sont très actifs dans leur communication digitale, pour essayer d’attirer la jeunesse de Bangkok, qui est habituée à avoir l’embarras du choix. D’où la facilité à trouver un sponsor qui va verser plusieurs milliers d’euros à un tout petit club de foot du dimanche, parce qu’ils ont vraiment besoin de cette visibilité.

Du coup, quand je suis arrivé, tout avait l’air cool. Je rencontre des gens aux profils très différents, très heureux de m’intégrer dans leur équipe, dans un club qui est structuré, avec des moyens. Les premiers entrainements sont rudes, à cause du climat. Même le soir, il fait 35°C avec une humidité de dingue. C’est dur pour le corps. Je me souviens de mon premier entrainement : j’étais trempé de transpiration avant même de commencer à courir ! Et au bout de 45min d’entrainement, j’ai eu des sueurs froides. Trembler de froid alors qu’il fait 35°C est une drôle d’expérience. Il faut bien un mois pour réellement commencer à s’habituer à faire du sport par un tel climat.

Malgré la difficulté d’acclimatation physique, je suis content de jouer au foot, et les conditions d’entrainement sont plutôt cool. Il y a de grands terrains en herbe naturelle en pleine ville, des petits Five avec des synthétiques modernes et des équipements modernes (douches etc).

C’est le grand kiffe de vivre dans un pays où tu peux prendre un taxi pour 50 centimes d’euros, jouer au foot en plein centre-ville, aller au restau ou boire un verre avec l’équipe après l’entrainement, et enchaîner direct en soirée. En fait tout le monde partage des conditions de vie assez haut-de-gamme. Les loyers sont pas chers, les appartements sont luxueux (piscine et salle de sport dans chaque résidence), et sortir ne coute pas cher. Les gens profitent de la vie.

 

Same same, but different

Les débuts font rêver donc. J’attends les premiers matchs officiels avec impatience. C’est là que ça commence à se gâter.

Le premier match n’est même pas à Bangkok, mais à Pattaya, à 2h30 de route de Bangkok. Mark a affrété un minibus (et je me dis que décidément, il y a des moyens dans les clubs de foot loisir en Thaïlande). On a rendez-vous dans le quartier de Thong-Lo. Je ne connais pas encore bien la ville et je n’ai pas encore mon appart. Je loge chez un pote à moi dans le vieux Bangkok, vers la fameuse Khao san road. Autant dire, à l’autre bout de la ville. Bangkok étant une ville très embouteillée, j’ai mis 2h en taxi pour y aller, coincé dans des bouchons de malades… Pendant ce temps, Mark me harcelait par messages pour me dire de me grouiller, et que le bus allait partir sans moi (il me dit ça alors que je suis presque arrivé). J’ai dû insister de ouf mais j’ai quand même pu monter dans le bus, qui allait vraiment partir au moment où j’arrive. Ouf !

Bangkok est vraiment une ville immense (j’insiste !), et il faut du temps pour comprendre la carte de la ville, ses galères potentielles, et surtout comment les éviter.

Mark se prend pour Diego Simeone et gueule pendant tout le match

Finalement, on arrive à Pattaya bien en avance. On a le temps de se poser, de cramer au soleil, de s’échauffer (longuement), d’attendre encore… Le match commence enfin. Je suis remplaçant, normal vu que je viens d’arriver. Mais Mark m’a promis du temps de jeu, et j’ai été bons aux entrainements et amicaux entre nous. Je m’attends à jouer 45min au moins (Tu ne fais pas 2h30 de route aller + 2h30 de route retour pour ne pas jouer).

Le match commence, le niveau de jeu est très faible, avec énormément de déchet technique, et beaucoup d’impact physique, mais pas beaucoup de maitrise. Je ne m’attendais pas à un niveau de fou (j’ai vu aux entrainements que c’était moyen), mais la c’est pire. Mark se prend pour Diego Simeone et gueule pendant tout le match. Voir un grand mec de 1.85m avec une tête d’asiatique qui gueule, en anglais avec un énorme accent allemand, c’est… étonnant.

Mi-temps. On est mené 1-0 et je ne suis pas encore entré en jeu. Je pensais débuter en seconde mi-temps, mais non. Mark entre en jeu (c’est un débutant, très très mauvais). Avant d’entrer, il me glisse de ne pas m’inquiéter et que j’allais entrer bientôt. Finalement, le temps passe, et toujours rien. L’équipe galère et le score ne change pas (il y a tellement peu de jeu, le match est horrible).

WHAT THE FUCK MAN ?!

Je ne suis pas très patient, et là, je commence à craquer… Il finit par me faire entrer à 15min de la fin. Je suis grave chaud pour leur fermer tous leur bouche en 15min, mais je n’en aurais pas l’occasion. Au bout de 5min, après avoir touché un ballon (remise en une touche pour un une-deux… mais le deux n’est jamais arrivé), et couru dans le vide pour faire un peu de pressing, Mark me rappelle sur le banc (!!!). Je gueule sur le terrain « WHAT THE FUCK MAN, ARE YOU FUCKING KIDDING ME RIGHT NOW ?! ».

Le match se termine sur cette défaite 1-0.

On finit dans un resto-bar sur le chemin du retour, ou Mark veut me parler à l’extérieur. Je ne souviens plus très bien de la discussion, sauf que c’est vite monté en pression et qu’il racontait n’importe quoi. A ce moment, je savais que je n’allais pas continuer avec ce club. J’ai compris que Mark était trop matrixé, trop dans sa bulle. D’un côté, il est très compétiteur et veut absolument gagner, de l’autre, il favorise ses copains modèles, alors qu’ils sont claqués. Il est trop en-dedans, à investir du temps et de l’énergie dans cette équipe (et probablement que les joueurs ne lui exprimaient pas assez de reconnaissance pour ce travail). Il avait perdu toute objectivité et je savais que je n’avais pas envie de jouer avec un manager dans cet état. Surtout que je savais ce que c’était que d’être dans sa position

 

J’ai retrouvé la tous les mauvais côtés du foot amateur en France. Copinage, incompétence, incapacité à écouter et discuter, manque de recul… Comme dirait Xavi, le prof, trop de gens croient connaitre le football.

En plus, avec ce climat tendu entre le coach et moi, je ne me sentais plus du tout en confiance pour jouer dans l’équipe. Je sentais un regard noir sur moi à la moindre faute technique, même à l’entrainement. Et je fais partie de ces joueurs qui ont vraiment besoin de confiance pour déployer mon meilleur niveau.

J’ai refait quelques training et amicaux avec eux, et je me suis fait quelques potes dans l’effectif (surtout les africains), mais j’ai vite changé d’équipe. Je me suis surtout fait UN pote dans cette équipe… KZ aka @kzlevrai qui fait partie de l’équipe Ter-Ter football aujourd’hui !

KZ est arrivé quelques temps après, un « model » lui aussi. Mark me l’a présenté comme son « favorite french man ». Il est arrivé comme à son habitude, comme une fleur, avec son sourire aux dents blanches. KZ a longtemps vécu en Asie (surtout à Manille, aux Philippines) et posait pour des pubs, des magazines etc. Il a fait la couverture de Men’s health Singapour (je balance les dossiers), et il a posé sur les emballages de slips de chai-plus-quelle-marque. Il avait l’air de vivre cette vie de bohème sans se prendre la tête.
Je crois qu’on a fait qu’un ou deux entrainements ensemble, avant qu’il ne se blesse la cheville (il se blesse tout temps quelque chose celui-là). Mais il était sympa et on est restés en contact, alors quand j’ai monté l’équipe 7 eleven FC à mon retour à Paris, il m’a envoyé un message Facebook pour me dire qu’il rentrait aussi au pays et qu’il était chaud. Et c’était le début d’une nouvelle aventure.

Avant tout ça, moi j’en pouvais plus de Mark. Ça tombait bien, j’ai rencontré dans la foulé un mec super cool qui m’a intégré dans son club, avec un fonctionnement et une organisation très différente. On en parle dans la 2ème partie de ce dossier

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